J’aimerais pouvoir être un homme


Par Fouine
Illustration : Elie
Publié le 11/11/2022

J’aimerais pouvoir être un homme
Je refuse ton nom, homme, parce qu’on m’a dit ce que tu vaux.

Cette pensée remercie Loup, et son texte Je ne suis pas trans dans la forêt.

je parle d’intime.

Intimité, de sujet, à sujet.

À vous, que j’aime, et qui comme moi sont perdues dans le monde.

Qui suis-je moi ?
Dans les méandres de la chair,
Qui suis-je moi ?
Et que faites-vous de ma chair ?
À qui est-elle ma chair ?

.

Dans les méandres de ma chair, moi, et puis les autres, je ne suis pas un homme.
Non je ne suis pas un homme.
Il y a cet espace intime que j’embrasse, où il y est clair que c’est moi.
Je l’appelle, le moi intime.
Intime. Force et beauté de ce mot. Intime. Personnalité intime de genre. Je ne suis pas trans, ni ne suis un homme. Je suis moi. Je suis mon nom. Et ce n’est que là qu’on peut s’aimer.
Là où en général, tu n’es que ton nom

.

Je ne suis pas un homme. Je ne peux pas être un homme. Je suis je. Je.
Non pas homme, un homme ce n’est pas moi. J’entends dans ce mot, dégoûtant, horrible, violent. Le porc. Le pervers. L’oppresseur. Les violeurs ! Puis-je être, pour moi-même, ce monstre de mon histoire contemporaine ? L’être détestable, détesté ? Que je déteste. Suis-je cette chose sociale et politique, quand on parle des hommes ? Non, je ne suis pas ça. De moi à moi-même, je ne peux
pas
être
ça.

Migration violente nécessaire vers la non binarité
Je ne suis que moi, je refuse ton nom, homme.
Mais j’entends encore mon nom pourtant, quand on parle « des hommes ». « Les hommes ». C’est ça qu’on dit, « les hommes ». Rationnellement, je me dis que c’est bien intéressant, en faisant une généralité, en disant « les », d’impliquer tout le monde. Cette puissance d’implication dans une dénomination de groupe, c’est une force, pour lutter. Rationnellement, je me dis ça. Que c’est intéressant, que j’entende mon nom, quand toi ma sœur tu parles des hommes et que tu me dis que tu aimerais qu’ils soient tous morts.
– Arrête avec l’homme, arrête avec moi ! Moi ? Je… Moi ?
Je viens de mélanger homme,
avec moi.
Je souffre quand tu veux les voir mourir. Arrête ! Je souffre, je ne sais pas pourquoi mais je souffre.
Pourquoi, alors que je le déteste ? Puisque je ne suis pas cette chose-là. Où se provoque le mélange ?

Il
se
provoque
un mélange.

Je suis dans un processus de séparation, entre lui et moi. Impliquant un processus d’identité. L’identité c’est beau, complexe et fort. Je pourrais m’étendre sur l’identité une autre fois. Il se mélange encore avec mon moi. Il se mélangera probablement toujours avec un peu. Toujours est-il que je suis dans un processus de séparation de lui de moi. Nécessaire, en dépit de moi, car je suis un peu misandre.

Homme, c’est un mot général. Il veut dire plusieurs choses. C’est aussi mon nom, parmi ces choses. Je sais que j’ai l’apparence de l’homme, la voix de l’homme, mon enfance sous le « il », le trouble entre moi et lui, est évident. Pour les autres, mais également pour moi. Quels sont ses deux noms, à l’homme ? Son nom social et politique, et puis mon nom, depuis que je suis petit, parce qu’on se construit beaucoup avec son nom. Et là il y a du gros mélange, dans la marmite identité. Belle et bonne bouillabaisse.

Il me semble que c’est le même mot pour parler de choses différentes.
Je suis homosexuel, asexuel, non binaire. Mais mon pronom, c’est il. Alors c’est aussi un peu garçon.
Il = garçon.
Il = garçon.
Il = garçon ?
Non, Il = moi.
Il, un peu comme mon prénom, depuis toujours = moi.
Mais aussi, il = garçon.
Mais moi, pas = garçon. Ce garçon.
Et en même temps, c’est apparemment mon nom.

-Et maintenant, je voudrais le défendre. Je voudrais défendre ce genre, je voudrais défendre ma vie, mon développement, mon existence :
Qui porte aussi, ce nom.

Je voudrais apporter de l’espoir. Je dois croire dans le renouveau de ce genre, je ne peux pas faire autrement : oui je dois croire en moi, pour ne pas mourir de folie. Car je meurs de folie. Si mon propre genre me devient un objet de détestation, je deviens fou.
Nouvelle génération de sensibilité ! Nouvelle génération de sensibilité !
Oui, j’ai cet espoir, fou, fort, c’est de n’être pas ce mot d’homme. Je le crois intimement, j’en suis convaincu. Je sors de la folie. Alors je ne suis pas un homme. Mais Trans. Je respire.

Pourtant mon pronom, c’est Il, et je suis garçon, d’après ma naissance. Et j’ai grandi garçon, et c’est tout à la fois encore une identité parce que c’est un nom (et que nos identités sont faites de noms), et que j’aime mon nom, et une autre chose qui ne m’appartient pas, et je n’aime pas le nom de l’homme.
Ça ne veut rien dire ce mot « garçon », et en même temps ça veut dire tellement de choses.
Le même terme a plusieurs échelles. A trop d’échelles. Trop de mélange. Je ne suis plus un homme, et je suis encore un homme. Moi, garçon et pas ce garçon en même temps. Pas assez de clarté. Je suis perdu dans ma contemporanéité et les trop de sens du même mot, Entre un nom intime et sujet, et un nom social, objet d’étude. Un regard. Dans toutes ces choses,

Où suis-je ?

Il y a cette chose, qui vient ramper sur moi sans être moi, mais qui en épouse les formes, se fait imposture de mon identité, prison de mes mouvements, danger sur mes angoisses
Et dont tu parles avec tant de peur et de violence

C’est @hugo_amour, trans, qui dit qu’il n’existe pas. De quoi ma chair est-elle faite ?

De quels noms mon corps est-il construit ?
De quels regards est-il affecté ?

J’ai dit que je parlais d’intime, de moi, de moi intime. Je parle de friction, d’obstruction, de mélange,
d’incompréhension.
Je ne parle pas du moi intime, je parle d’une friction entre lui, et le monde social.
Et de la vie avec toi.
Moi, je ne suis pas homme, Je ne suis pas homme dans la forêt, je ne suis homme que dans la ville.

Aujourd’hui, je ne suis pas un homme. Je ne me sens pas homme. Je me sens séparé, dans le vide,
dans un flou d’absence de genre social.
Aujourd’hui je n’arrive pas à retrouver le sentiment de la légitimité de genre.
J’aimerais pouvoir être un homme.
Je suis misandre, et je suis séparé du genre d’homme.
Ces matins-là, j’aimerais pouvoir être un homme.

Je ne suis pas trans dans la forêt, je ne suis trans que dans la ville

Loup Rivière

Homme est tout à la fois une catégorie sociale, et une identité.
Une « Identité de genre ».
L’identité, est trop intime pour être définie.
Et définir une identité (de genre ou autre) socialement ne se fait que pour pouvoir lutter dans la sphère politique.
Les seul·es à même de nous faire appréhender l’identité : ce sont les poéte·sses.
Elle est un bel espace oxymorique, paradoxe en multitude, feuilleté de mouvement et de signifiance. Elle est du texte, est beaucoup, beaucoup du hors texte.
En fait, tout ce qu’on peut dire, c’est qu’elle est moi.

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