Le 31 mars, journée de la visibilité trans

Par Aaron, Louka, Mino et Noah, membres de Sorb’Out
Publié le 29 mars 2022

Ce 31 mars, c’est la journée de la visibilité trans. Le but de cette journée est de mettre en avant la communauté trans et non-binaire, bien trop souvent discriminée au quotidien. Il est important de rappeler, dans la vie de tous les jours et particulièrement en cette journée, que les femmes trans sont des femmes, que les hommes trans sont des hommes et que les personnes non-binaires existent et sont légitimes. Iels ont et doivent avoir les mêmes droits et devoirs que n’importe quel être humain.

Il est important en cette journée de montrer son soutien à la communauté trans et non-binaire, sur les réseaux sociaux et auprès des personnes trans et non-binaires que nous connaissons, que l’on soit concerné·e par cette journée ou non. Créée par Rachel Crandall en 2009, cette journée est l’occasion d’en apprendre un peu plus sur une minorité mise sous silence à de trop nombreuses reprises. Les personnes trans et non-binaires sont des êtres humains comme tout le monde, iels sont fort·es et méritent d’être entendu·es, d’être vu·es. Il est donc important de rappeler en ce jour quelques fondamentaux lorsque l’on souhaite s’instruire au sujet des personnes trans et non-binaires.

Quelques faits

Pourquoi dit-on “personnes trans” ?

Tout simplement dans une optique d’inclure toutes les personnes trans, sans distinguer les personnes qui utilisent le terme le plus courant (transgenre), et les personnes qui utilisent l’ancien terme, jugé trop médicalisant par la communauté (transexuel·le). La très grande majorité des personnes trans et non-binaires utiliseront “transgenre”. L’autre terme ne doit être utilisé qu’à la demande explicite de la personne concernée.

Pourquoi différencie-t-on souvent les personnes trans binaires des personnes non-binaires ?

Certaines personnes non-binaires utilisent le terme trans pour parler d’elleux-mêmes. Iels effectuent généralement une transition sociale, parfois hormonale et/ou chirurgicale. Dans la mesure où les personnes non-binaires ne se reconnaissent pas ou pas complètement dans le genre auquel iels ont été assigné·es à la naissance, beaucoup considèrent que la transidentité comprend à la fois les personnes trans binaires, et les personnes trans non-binaires. Toutefois, beaucoup ont aussi tendance à différencier les personnes non-binaires des personnes trans (binaires) lorsqu’iels emploient le terme trans. Le but principal est de mettre en avant les personnes non-binaires autant que les personnes trans binaires, car on a tendance, lorsque l’on parle de transidentité, à ne penser qu’à la binarité. Cela permet de donner de la visibilité également aux personnes trans non-binaires, souvent invisibilisées dans les discours trans inclusifs, trans “friendly”.

Un peu de lexique

Transgenre : “Une personne transgenre, ou trans, est une personne dont l’expression de genre et/ou l’identité de genre s’écarte des attentes traditionnelles reposant sur le sexe assigné à la naissance.” (Amnesty). On préférera cette définition à celles datées et inexactes que proposent certains dictionnaires comme actuellement Le Robert.

Non-binaire : La non-binarité est définie comme le fait de ne s’identifier ni exclusivement homme, ni exclusivement femme […] cela comprend le fait de s’identifier en partie homme, en partie femme, les deux à la fois, entre les deux, ni l’un ni l’autre, etc. (nonbinaire.org)

Cisgenre : Une personne cisgenre, ou cis, est une personne qui est en accord avec le genre auquel elle a été assignée à la naissance. Cela concerne la majorité de la population.

AFAB : “Assigned Female At Birth”, soit assigné·e fille à la naissance.

AMAB : “Assigned Male At Birth”, soit assigné·e garçon à la naissance.

Petit + : On oublie souvent les personnes intersexes dans les débats et discours sur la transidentité. Selon Amnesty, “le terme « intersexuation » est un terme générique utilisé pour couvrir un vaste groupe de personnes dont les caractéristiques sexuelles ne correspondent pas aux « normes » typiques et binaires masculines ou féminines. Ces caractéristiques peuvent concerner des caractéristiques sexuelles primaires telles que les organes génitaux internes ou externes, les systèmes reproductifs, les niveaux d’hormones et les chromosomes sexuels ; ou des caractéristiques sexuelles secondaires qui apparaissent à la puberté.” Cela concerne plus de naissances qu’il n’y paraît, et la très grande majorité des concerné·es subissent des interventions médicales non nécessaires dans le but de les faire correspondre aux “normes” sociales. Iels existent et il est important de le rappeler.

Histoire de la journée du 31 mars

C’est donc en 2009 aux États-Unis, que la militante Rachel Crandall fait le constat
qu’aucune journée de célébration des personnes trans n’existe, l’autre journée consacrée à nos identités étant celle du souvenir trans qui commémore les personnes trans assassinées pour motif transphobe. Elle crée alors cette journée qui sera adoptée plus tard à l’internationale.

En France, le 31 mars est célébré pour la première fois en 2018 à Paris avec un évènement co-organisé par l’Inter-LGBT, Pari-T, le centre LGBT Paris Île de France, les associations Bi’Cause et MAG Jeunes. Cette journée permet donc de célébrer nos identités et de faire de la sensibilisation aux discriminations que nous rencontrons tous les jours. À cette occasion, L’ouvreuse magazine et les rédacteurices de cet article vous invitent à vous renseigner sur les représentations de personnes trans ainsi que sur les événements qui se tiennent près de chez vous.

Représentations

Pour célébrer cette journée, nous vous proposons de vous parler de quelques créateurices trans et non-binaires ainsi que d’initiatives notables dans ce domaine. En premier lieu, nous voulions parler du cinéma. Les rôles des personnes trans et non-binaires sont souvent donnés à des personnes cisgenres du genre “opposé” (une femme cis qui joue un homme trans par exemple), ce qui alimente l’idée fausse et transphobe que les hommes trans ne seraient pas vraiment des hommes et que les femmes trans ne seraient pas vraiment des femmes. Pour lutter contre ce phénomène, Représentrans a lancé à l’occasion de la journée de la visibilité trans 2021 un annuaire d’artistes trans et non-binaires, afin de favoriser les liens entre elleux et les professionnel·les de l’industrie du cinéma. D’ailleurs, sur le sujet de la représentation trans dans le cinéma, nous ne pouvons que vous conseiller l’excellent documentaire Disclosure sur Netflix.

“Une personne transgenre, ou trans, est une personne dont l’expression de genre et/ou l’identité de genre s’écarte des attentes traditionnelles reposant sur le sexe assigné à la naissance”

Amnesty

Deuxièmement, nous trouvons la représentation (c’est-à-dire le fait de créer de l’art : dessins, musique, etc. sur le vécu trans et non binaire) particulièrement importante pour représenter ces corps et ces parcours qui ne rentrent pas dans la norme. Cela permet aux personnes trans et non binaires de s’identifier et éventuellement d’avoir des modèles, et plus généralement de les rendre visibles et de les célébrer. Nous voulions parler de quelques démarches en particulier, bien que nous ne puissions pas être exhaustif·ves, tant il existe d’artistes et de créateurices trans et non-binaires. ND
Stevenson
et Lake Fama travaillent dans l’industrie de l’animation et dessinent
toustes les deux des bandes-dessinées sur leur genre et leur ressenti, en particulier en tant que personne non-binaire. Voir ainsi The weight of them, de Stevenson (gratuit/prix libre) et la dernière BD insta de Fama. On peut également penser à Ash Hardell qui est également non-binaire et qui créé des vidéos sur YouTube, dans lesquelles iel documente sa transition et parle de nombreux sujets, généralement LGBT. Cavetown est un musicien et un homme trans, qui écrit des chansons très douces, parlant souvent de santé mentale et d’identité. Nous pouvons aussi noter la démarche de Teddypaints, en particulier ce dessin qui exprime l’idée qu’être trans ou non-binaire n’est pas un poids ou quelque chose de négatif, mais une opportunité de pouvoir mieux apprendre à se connaître et s’aimer. Dans une démarche proche, on peut parler de Lilas Elliot avec ses illustrations sensibles qui mettent souvent en
scène des personnes trans et non-binaires. Finalement, le documentaire Can we say Bye-bye to the binary (épisode 3) parle plus généralement du fait d’être non binaire et de ses implications.

Enfin, la visibilité est importante car c’est un moyen d’améliorer la condition des personnes trans en sensibilisant sur les difficultés qu’elles rencontrent au quotidien, et en particulier la transphobie. Mais la visibilité seule ne saurait suffire : comme les personnes trans sont souvent plus précaires et marginalisées, des moyens d’action concrets sont indispensables pour leur venir en aide. Par exemple, l’association Acceptess-T gère une cagnotte collaborative, le FAST (Fond d’Aide Sociale Trans), qui permet d’aider les personnes trans les plus précaires à se loger et à acheter des biens de première nécessité. C’est pour cette cagnotte que nous tiendrons une table dans la fosse de Tolbiac (centre Pierre Mendès-France de l’université Paris 1) ce jeudi toute la journée.

Quelques évènements

Ces deux dernières années il a été un peu compliqué de célébrer cette journée massivement en présence mais les événements reprennent petit à petit. Nous avons fait une petite liste de certains évènement auxquels vous pouvez assister.

– À Amiens, l’association Divergenre prévoit de nombreuses choses comme des ateliers et des conférences du 29 au 31 mars qui ont lieu en collaboration avec l’Université de Picardie Jules Verne, l’Université du Littoral Côte d’Opale et l’université d’Artois, sur inscription mais aussi sur Zoom. Plus d’information ici.

– À Nantes, c’est l’association Reboo-T qui partage un programme bien rempli sur leur Twitter à cette adresse, notamment avec une exposition, une table ronde et une rencontre avec les artistes à la Manufacture.

– À Paris, Sorb’Out met en place une table pour les étudiant·es de Paris 1 Panthéon- Sorbonne dans le centre PFM avec une vente de gâteaux dont les bénéfices seront reversés au FAST.

– À Périgeux, un rassemblement est prévu par Au-Delà des Normes place André Maurois à 17h30.

– À Quimper, le CETFS (Collectif trans en Finistère sud), la LDH Quimper et Les Pétrolettes vous donnent rendez-vous Place Saint-Corentin le 31 mars à partir de 18h pour un rassemblement.

– SOS Transphobie organise aussi un événement sur Facebook afin de mettre en avant cette journée.

Évidemment, c’est une liste non-exhaustive des évènements en présentiel qui peuvent se trouver près de chez vous. N’hésitez surtout pas à y aller mais aussi, si votre ville ne fait pas partie de la liste, à vous rapprocher d’une association ou collectif de personnes trans et/ou LGBTQIA+ afin de participer aux évènements prévus s’il y en a.

Pour approfondir

Si le sujet vous intéresse, le site internet Wiki Trans relate de nombreuses questions liées à la transidentité et à la non-binarité. Vous pouvez aussi partager sur vos réseaux sociaux l’article que vous venez de lire et faire de la visibilité aux artistes et militant·es que nous vous avons présenté·es plus haut.

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