Communisme en Syrie et au Liban. Retracer l’histoire du Parti communiste syrien-libanais avec Valentin Buisson
Par Aline Ramirez
Illustré par ©Victoria Fontana
Publié le 27 mai 2026
La parole aux étudiant·es ! Valentin Buisson est étudiant au sein du master « Histoire de l’Afrique du Maghreb et du Moyen-Orient » à Paris 1 Panthéon Sorbonne. Dans ce court entretien, il nous partage certains aspects de ses recherches actuelles, sur le parti communiste syrien-libanais…
Qu’est-ce qui caractérise le Parti communiste syrien-libanais ?
Le Parti communiste de Syrie et du Liban (PCSL) est très minoritaire jusqu’à la fin des années 1930. Le PCSL, comme d’autres partis communistes au Moyen-Orient, est originellement formé par une population minoritaire, en l’occurrence la minorité arménienne (beaucoup de membre de la communauté se réfugient à Beyrouth et Alep après le génocide arménien).
Il naît en 1924 et s’appelle d’abord le parti du peuple libanais avant de changer de nom en 1925 pour inclure la Syrie (les deux pays étaient jusqu’en 1918 des provinces ottomanes).
Dans les années 1920 et 1930, il se caractérise avant tout dans son implantation dans les luttes sociales et par son nationalisme. En effet, la Syrie et le Liban sont sous mandat français entre 1923 et 1944, ce qui fait de l’indépendance le premier objectif du parti. Cette spécificité est partagée par la majorité des partis communistes nés sous domination coloniale.
Il s’agit également d’un parti à l’implantation essentiellement urbaine, dont les membres sont principalement des ouvrier·ères, des travailleur·euses de la classe moyenne, des jeunes et des intellectuel·les. Au-delà des revendications sociales classiques (diminution du temps de travail, droit des femmes, liberté syndicale, etc.), iels défendent notamment la nécessité de mener une importante réforme agraire, la population syrienne et libanaise étant essentiellement issue de la paysannerie.
Quels ont été ses liens avec le Parti communiste français (PCF) ?
Les liens entre le PCSL et le PCF commencent en 1925, date à laquelle le Parti communiste nouvellement créé décide de soutenir la grande révolte nationaliste syrienne, lors de laquelle sont emprisonnés tous les chefs du PCSL sauf un, Yusuf Yazbek, qui s’enfuit en France et contacte l’Humanité ainsi que le PCF pour obtenir leur soutien au nom de leur idéologie commune.
Il faut savoir qu’à cette époque, le PCF milite sur plusieurs fronts anticoloniaux et antimilitaristes, au Maroc notamment. La collaboration entre les deux partis est donc immédiate malgré des difficultés liées à la répression et à la distance.
Lorsque le PCSL rejoint, dans les années 1930, la Troisième Internationale (groupe de partis communistes s’alignant sur la politique du nouveau régime soviétique), leurs liens se renforcent et les deux partis placent assez rapidement la lutte antifasciste au cœur de leurs préoccupations.
Pourrais-tu expliquer ton intérêt pour ces questions et le choix de ton sujet de recherche ?
J’en suis venu à ce sujet en m’intéressant à un grand intellectuel et homme politique syrien du nom de Riad al-Turk, chef de l’opposition communiste face au régime de Hafez el-Assad.
C’est en m’informant sur sa vie que j’ai découvert l’histoire de la gauche syrienne, et en effet, mon choix quant à ce sujet n’est pas anodin puisque je connaissais déjà la période mandataire et j’avais précédemment travaillé sur la formation du nationalisme palestinien.
De manière globale, je m’intéresse depuis un certain temps aux mouvements de gauche à travers le monde, qu’ils soient anarchistes, communistes ou socialistes. Comme beaucoup d’historien·nes, j’ai un lien affectif avec mon sujet puisque je ressens une forme de sympathie générale vis-à-vis des mouvements de gauche au Moyen-Orient qui sont, dans l’état actuel des choses, très minoritaires (bien que présents !) et je souhaitais m’intéresser aux origines de ces partis qui se sont progressivement transformés ou scindés en plusieurs branches au fil du temps.
