Abattre l’homme cis blanc hétéro

Par Lou Abadie
Illustration : Tony Gonçalves
Publié le 30 mars 2021

« Homme cis blanc hétéro » : il vous est peut-être déjà arrivé de croiser cette formule – à la connotation généralement peu flatteuse – au détour d’un article, d’une affiche ou bien d’un post Insta, et de vous demander ce que celui-ci a bien pu donc faire pour se retrouver fustigé de la sorte.

Il faut comprendre que ce terme ne recouvre pas la volonté d’attaquer individuellement ce type d’hommes, mais que c’est bien un système qui est ici visé. Un système d’oppression, qui engendre lésé·es et profiteurs, victimes et agresseurs, mort·es et tueurs. Du latin abbatere, mettre à bas. Le faire choir de son piédestal. Faire cesser son impunité et sa toute puissance. Afin de détricoter la construction d’une masculinité qui asphyxie, persécute, et tue.

Dire « not all men  » revient à nier le caractère systémique des oppressions

Au sommet de cette logique coercitive, se trouve un type d’individu : l’homme cis blanc hétéro, à savoir celui qui n’appartient à aucune minorité, et particulièrement à celles de genre, orientation sexuelle et non racisé. Cette expression peut sembler un peu longue, un peu réductrice. Tous les hommes ne sont pas comme ça, pourrait-on opposer ; dès que ces derniers se retrouvent essentialisés par cette formule, c’est le fameux « not all men » qui est brandi. Or, dire cela revient à nier le caractère systémique des oppressions. Cela revient à déclarer qu’un homme qui viole, qui tue, ne le fait que parce qu’il est un « méchant homme ». Si cela était le cas, 84 % des mort·es au sein du couple ne seraient pas des femmes, et dans la proportion restante 52 % des femmes ayant tué leur partenaire n’auraient pas été victimes de violences de la part de leur conjoint. Si les hommes tuent les femmes, s’il sont plus riches, s’ils ont accès à des emplois plus qualifiés, c’est parce que la société le leur permet ; pire, elle les encourage. Dès lors, le débat sur le bien fondé de quotas de femmes n’a pas lieu d’être. Comme l’a démontré Alice Coffin dans Le Génie lesbien, ce sont les quotas d’hommes qui prédominent : « elle est là la discrimination positive, pas ailleurs ; se permettre de l’exercer et de la réfuter, c’est toute la perversité du système sexiste. Comment le directeur du théâtre de l’Odéon a-t-il pu prétendre, en 2012, qu’une saison composée de 14 œuvres et 14 mises en scène signées par des hommes relevait
du « hasard »? Par conséquent, si ces individus accèdent à des postes à responsabilités, c’est avant tout parce qu’ils sont hommes. Ils évoluent dans une mécanique pensée par les hommes et pour les hommes.

Notre système sociétal n’amènera pas tous les hommes à battre, tuer, violer ; mais il leur profitera à un moment ou un autre

L’éducation genrée, omniprésente, en reproduisant des représentations sexistes et en les alimentant, les propulsent dans le rôle de meneurs ; dès l’école primaire, ils s’emparent de l’espace public. Les cours de récréation sont ainsi généralement construites avec en leur centre un terrain de foot, que monopolisent les petits garçons. Notre système sociétal n’amènera pas tous les hommes à battre, tuer, violer ; mais il leur profitera à un moment ou un autre, à l’occasion d’un entretien, le soir dans la rue, le jour où ils voudront se lancer en politique. Si la loi est aujourd’hui relativement protectrice des femmes et minorités, ce sont les représentations et les comportements qui constituent maintenant les principaux enjeux. Les hommes cis blancs hétéros sont donc privilégiés. Or, il ne faut pas distinguer privilège et oppression ; elles ne font qu’une. C’est la possibilité qui leur est offerte de déambuler dans l’espace public avec la sensation de ne craindre personne qui conduit au harcèlement de rue. C’est la sensation d’être plus légitimes que les autres qui les mènent à faire preuve de mansplaining – lorsqu’un homme explique quelque chose de façon condescendante à une personne, généralement une femme- et qui empêche les opprimé·es de se sentir à leur place pour s’exprimer. Pour cette raison, pour combattre la mécanique systémique qui maintien écrasé·es les femmes et les minorités, il faut abattre les hommes hétéros cis blancs.

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5 Commentaires

  1. Étonnant qu’on ne prononce jamais dans cet article le mot patriarcat. Étonnant qu’on ne mette jamais en cause les fondements théoriques de ce système social que contiennent les écrits de base des trois monothéismes qui ont modelé notre inconscient serions-nous même athée. On pourra espérer changer quelque chose quand cette remise en cause sera faite, quand ce squelette puant sera mis à jour. Mais qui osera prendre ce risque ?

  2. Alors là tu me rassures, Léonie, car il y a du boulot à faire. La seule Genèse, le texte fondateur, caractérise la femme comme irresponsable et corruptrice. La personnification du mal par le serpent est également révélateur de cette idéologie qui en a combattu et fait disparaître une autre.

  3. J’entends ce que vous dites, au final vous vous êtes surtout concentrées sur les hommes plutôt que cis blanc hétéro j’ai l’impression
    Sinon l’esthétique de l’article est très agréable, gg à vous

  4. Bonsoir,
    Je suis assez surpris par la publication de cet article dans votre journal prônant des valeurs anti-discriminatoires. En effet le contenu de cet article fait l’apologie de discriminations à l’encontre d’hommes blancs. Aurait-il été acceptable s’il portait sur l’abattage de l’homme noir ? Je ne pense pas car ce sont des propos discriminatoires à l’encontre d’une partie de la population, tout comme ceux portant sur les hommes blancs.
    De plus je remarque que vous n’utilisez l’écriture inclusive que partiellement : les profiteurs.ses, les violeurs.ses et les tueurs.ses ne sont pas correctement rédigés par exemple. Est-ce ici un manquement ou bien une exclusion d’une partie de la population ? Si cela est de l’exclusion alors vos valeurs anti-discriminatoires sont faussées. C’est pourquoi je suis assez mitigé sur les valeurs que vous véhiculez au travers de votre journal.

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