GRANDES OEUVRES, PETITS MOTS #5 : « Le Salon des Songes »

Par Clémence Carel
Photo DR
Publié le 14 mars 2025
Immersion dans l’exposition « Le Salon des Songes » d’Ines di Folco Jemni, au gré des pensées de Clémence Carel. Profitez de la ballade, car c’est la dernière chronique de cette série !
Assieds-toi. Enfin assieds-toi si tu veux. Mais si tu préfères l’autre fauteuil, là-bas, dans le salon où s’évapore une musique rétro venue d’un ailleurs, vas-y. Mais vas-y seul·e, moi je reste ici, un peu. C’est IDFJ qui nous invite tous·tes dans son chez elle.
Anti-antichambres. L’artiste conjugue dans cette exposition accueil de soi, d’autrui, et des œuvres. La polysémie du salon – de réception, de repos, avec des peintures académiques, de l’avant-garde artistique – est réunie en un lieu, démultiplié en identités. Combien de fois avons-nous subi le surpeuplement et l’inconfort pour les os des fesses du banc en fin de parcours muséal (interminable) ? Alors, du miel de romarin dans le velours moelleux. Et les grandes toiles au mur brut, sans châssis, sont les tapisseries, renouveau des broderies murales ancestrales. Elles portent, comme avant, le poids de ces grandes scènes de guerre, la charge mémorielle de ces poses de famille à fonction d’arbre généalogique qui nous impressionnaient, enfants. Lourds étendards hissés par la force de la poésie, surtout pas d’encadrement pour elles ! Pourquoi devraient-elles être fixées ? Elles doivent être mobiles, mobilisables en rêve, en esprit, dans le sillon des différents salons et des branches dynastiques. Cotonner les songes. Héberger les récits.
L’invitation se poursuit et l’immersion devient totale. Au fil des thématiques, IDFJ partage un récit personnel. Se raconter, en invitant l’Autre à manipuler les curseurs. Chaque salon est un dévoilement de l’artiste, architecture de son parcours de mémoire. Ce n’est plus une exposition qui met en lumière une présentation monographique d’une artiste contemporaine, mais la performance d’une sensibilité comme médiation des œuvres produites.
Le bleu profond des fins fonds des toiles prolonge l’évanescence des sourires figurés sans être figés. Hommage sans pudeur à des passés intimes, peut-être même secrets de l’artiste elle-même. Et saisissons-nous vraiment ces corps qui nous sont inconnus, mobiles même lorsqu’ils sont assis, liés entre eux par des regards posés, un bouquet de fleur, des liens sacrés ? Ils imposent le respect, induit par l’affection infusée dans le pinceau d’Ines di Folco Jemni.
