Loi du 13 Juillet 1965 : 60 ans après son entrée en vigueur, quel constat ?
Par Jade Valentin
Illustration ©Victoria Fontana
Publié le 24 février 2026
La loi du 13 Juillet 1965, entrée en vigueur le 1er février 1966, permet aux femmes mariées d’ouvrir un compte bancaire et de travailler sans l’accord de leur mari. Ceci a permis aux femmes de s’émanciper financièrement, ce qui a fait progresser la société et favorisé le développement de l’économie.
Le début de l’émancipation financière des femmes (et pas seulement !)
Les femmes deviennent une toute nouvelle clientèle qu’il faut réussir à attirer. Ainsi, les banques ne ratent pas l’occasion de faire des femmes les premières cibles de leurs campagnes publicitaires. En outre, les institutions bancaires sont incitées à innover : c’est en partie la raison pour laquelle de nouveaux services bancaires furent créés, tels que le compte de chèques-prévoyance ou encore l’épargne-voyage. D’après le bilan annuel de la BNP Paribas de 1966, « Les comptes chèques et les comptes courants se sont développés notablement en 1966 ». Ironiquement, le taux de divorces a, quant à lui, augmenté de 14% par rapport à la moyenne de 1960-1963. Les femmes s’émancipent et, avec elles, l’économie se développe.
Des inégalités persistantes
Cependant, malgré de nombreuses avancées en faveur de l’égalité des droits, l’écart entre les hommes et les femmes reste encore important. D’après une enquête menée en 2025 par France Mutualiste et Bpifrance, l’accès à l’épargne et à l’investissement reste inégalitaire. Ceci est dû à de multiples facteurs, comme la différence de revenus, une éducation financière peu développée ou encore des visions différentes de l’investissement. D’après cette étude, « d’un côté, les femmes privilégient les placements sûrs et accessibles […], de l’autre, les hommes recherchent en priorité le rendement et les avantages fiscaux ». Un état d’esprit potentiellement dû en partie à une inégalité d’accès à l’éducation financière car « seuls 51% estiment bien connaître les principes de l’investissement financier, avec un écart marqué entre les femmes (44%) et les hommes (57%) ». De ce fait, les femmes gagnent en moyenne 14% de moins que les hommes à travail égal. Ainsi, elles disposent de moins d’argent à investir et sont donc incitées à une plus grande prudence. Par ailleurs, des freins à l’égalité totale subsistent encore comme l’indique Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations : « les projets portés par des femmes sont moins financés que ceux des hommes ».
Des actions en faveur de l’égalité
Dans le but de supprimer les inégalités sur le long terme, de nombreuses actions ont été et sont mises en place. On peut notamment évoquer la directive européenne 2004/113/CE sur la non-discrimination dans l’accès aux biens et aux services. Celle-ci interdit, entre autres, toute discrimination directe ou indirecte basée sur le sexe dans l’offre de produits et services financiers. Ainsi, une banque ne peut pas proposer des conditions différentes d’accès aux produits bancaires et d’assurance selon le sexe du client. En outre, en France, la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations met en avant l’égalité. L’article 1 énonce ainsi : « Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement […] de son sexe, […], une personne est traitée de manière moins favorable qu’une autre ne l’est, ne l’a été ou ne l’aura été dans une situation comparable ». Également, l’article rappel qu’il existe aussi le cas de discrimination indirecte lorsqu’une « disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence » est susceptible de représenter « un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d’autres personnes ».
Conclusion
En somme, la loi du 13 Juillet 1965 représente un tournant dans l’émancipation des femmes. Elle a favorisé le progrès social pour une société plus égalitaire, presque 20 ans après le droit de vote des femmes. En définitive, les femmes ont acquis la reconnaissance des institutions financières, ce qui a contribué à développer l’économie du pays. Cependant, 60 ans après son entrée en vigueur, des inégalités persistent toujours.
Bibliographie
« Des Femmes Qui Comptent, Un Projet Des Archives Historiques », Crédit Agricole, 2018. dossiers/2018/des-femmes-qui-comptent-un-projet-des-archives-historiques
« Droits bancaires des femmes en France : Loi et comptes », 2025, Edition-Juridique. https://www.edition-juridique.fr/compte-bancaire-pour-les-femmes-en-france-quels-droits-particuliers-prevoit-la-loi/
« Écart de salaires entre les femmes et les hommes », Insee, 2025. www.insee.fr/fr/statistiques/2407748
« 60 ans après le droit d’ouvrir un compte en banque : où en est l’indépendance financière des femmes ? », Bpifrance, 2025. https://lelab.bpifrance.fr/Etudes/60-ans-apres-le-droit-d-ouvrir-un-compte-en-banque-ou-en-est-l-independance-financiere-des-femmes
Solange Héméry et Christian Piro, « La situation démographique en 1966 », Études et Conjoncture – Institut national de la statistique et des études économiques, vol. 23, n°1, 1968, pp. 3–81. https://doi.org/10.3406/estat.1968.8841
Adèle Loisel, « “Il y a encore du chemin à parcourir” : il y a 60 ans, la France autorisait les femmes à ouvrir leur compte en banque », Les Echos, 2025. https://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/il-y-a-encore-duchemin-a-parcourir-il-y-a-60-ans-la-france-autorisait-les-femmes-a-ouvrir-leurcompte-en-banque-2175989
Caroline Quevrain, « Le jour où… il y a 60 ans, les femmes ont pu ouvrir leur propre compte bancaire », TF1 INFO, 2025. https://www.tf1info.fr/societe/le-jour-ou-il-y-a-60-ans-les-femmes-ont-pu-ouvrir-leur-propre-compte-bancaire-2382643.html
Sophie Santandrea, « Soixante ans après la conquête historique de 1965 pour le droit d’ouvrir un compte bancaire… », Bpifrance, 2025. https://presse.bpifrance.fr/etude-bpifrance-le-lab-et-la-france-mutualiste-60-ans-apres-lobtention-du-droit-douvrir-un-compte-bancaire-sans-autorisation-maritale-les-femmes-ont-elles-pris-le-pouvoir-sur-leur-argent
