La première COP Océan prévue pour 2027 : retour sur les enjeux de protection des fonds marins
Par Élise Le Reste
Illustration ©MG
Publié le 15 mai 2026
Une première « COP Océans» (COP1) devrait se tenir du 11 au 22 janvier 2027 à New York, réunissant les signataires du traité pour protéger la haute mer au siège de l’ONU. On vous parle des enjeux de ce sommet à venir.
Le lundi 23 mars 2026, Janine Coye-Felson, coprésidente de la commission préparatoire à la mise en œuvre du traité de protection des hautes mers (BBNJ), a déclaré que les divers États membres demanderont que la première réunion de la COP Océan se déroule du 11 au 22 janvier 2027 au siège de l’ONU (New York). Cette annonce a été confirmée le lundi 6 avril par le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric.
Ce traité, visant à préserver les écosystèmes océaniques, et dont le texte a été finalisé en 2023 et adopté par les Nations Unies, reçoit enfin en septembre 2025 les deux dernières ratifications d’État nécessaires à sa prise d’effet en atteignant les 60 ratifications. Aujourd’hui, le traité est approuvé par 85 pays et signé par 144. Après des années d’attente, il est donc entré en vigueur, sur papier, au début de l’année 2026. Pour le moment, le lieu du siège de l’organisation du traité n’a pas encore été fixé, avec trois candidats sur la liste : Bruxelles (Belgique), Valparaíso (Chili) et Nice (France).
Les instruments qu’il prévoit auront besoin de décisions spécifiques prises lors des COP (Conférence des Parties) pour se mettre en place, telles que les futures aires marines protégées en haute mer luttant contre la surpêche, l’exploitation, la pollution et bien d’autres éléments destructeurs. Le traité s’applique à la haute mer, mais également aux fonds marins des eaux internationales et à leur sous-sol. D’ici le déroulement de cette première rencontre au siège de l’ONU, une centaine de ratifications supplémentaires sont espérées, dont celles des poids lourds de l’économie mondiale comme le Japon, la Chine ou encore l’Inde. Cependant, celles des États-Unis et de la Russie ne sont pas attendues. Effectivement, malgré les avancées cruciales en matière de protection des fonds marins, plusieurs obstacles sont rencontrés dans leur mise en œuvre par ces grandes puissances. Par exemple, le président des États-Unis Donald Trump a officiellement autorisé, le vendredi 6 février 2026, la pêche commerciale dans l’aire marine protégée de Northeast Canyons and Seamounts, située sur la côte nord-est des États-Unis. Cette dernière était, jusqu’alors, une zone protégée abritant certaines espèces menacées.
Bien que des progrès soient réalisés lors des réunions préparatoires afin de préparer le terrain de la COP1, le travail du texte pour permettre des changements dans l’eau serait « loin d’être terminé » (Rebecca Hubbard, directrice de la coalition d’ONG High Seas Alliance). En effet, elle évoque notamment les complications et désaccords pouvant naître dans les relations avec d’autres organisations liées à la haute mer, telles que les organisations régionales de pêche. Le combat des ONG pour la protection des fonds marins face à l’industrie de la pêche n’est pas nouveau. Ce dernier est d’ailleurs accusé par Megan Randles (présidente de la délégation Greenpeace) de « piéger dans ses filets et ses hameçons » l’océan. Toutefois, une avancée est déjà notée depuis le lundi 15 septembre 2025 : il s’agit de l’accord dit Fish 1, discuté au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour lutter contre la pêche illégale est entré en vigueur.
La future COP devra travailler avec d’autres organisations ayant autorité sur des parcelles d’océan, telles que l’Autorité Internationale de Fonds Marins (AIFM). Cette dernière tente déjà de réguler l’exploitation des grands fonds avec la création d’un code minier[1]. Effectivement, un autre danger qui guette nos océans est l’exploitation minière des fonds marins, envoyant des machines de chantier au fond de l’océan pour récolter des minerais. Il s’agit d’un véritable désastre pour la biodiversité et le climat. Des espèces telles que les coraux d’eau froide ou encore des anémones transparentes cohabitent avec ces minerais convoités par les industriels (zinc, cuivre, cobalt, etc.) et souvent n’existent pas autre part. Elles sont donc en grand danger face à cette exploitation. D’autres espèces menacées au niveau mondial, comme la baleine bleue, pourraient faire l’objet de dégâts durables et irréversibles. En effet, la pollution sonore de ces machines 24 heures sur 24 pourrait se superposer aux fréquences de communication de ces cétacés[2].
Mais qu’est-ce que la haute mer ?
La haute mer, c’est l’océan par-delà les zones économiques exclusives des États (ZEE). Ces dernières s’étendent à un maximum de 370 kilomètres des côtes. La haute mer ne se trouve donc sous aucune juridiction d’État et représente près de 60 % des océans.
Pourquoi est-ce important de protéger les océans ?
La moitié de l’oxygène consommé par les êtres vivants est fournie par la biodiversité marine[3], qui absorbe également une partie importante – environ 30 % – du CO₂ provenant des activités humaines. Protéger les océans et sa biodiversité, c’est donc également lutter contre les changements climatiques. Détruire les fonds marins, c’est un risque de dérégler le cycle du carbone dans les océans et leur rôle de ralentisseur du changement climatique. Un des objectifs notables des ONG luttant pour sa protection est de protéger au moins 30 % des océans d’ici 2030, tandis que seul 1 % de la haute mer est actuellement protégé. Ce chiffre ne sort pas de nulle part puisqu’il s’agirait, selon les scientifiques, du minimum nécessaire afin que les océans se régénèrent et se maintiennent en bonne santé. Le plan envisagé afin de mettre en place une protection efficace est la création d’un réseau mondial de réserves marines.
Qu’est-ce que c’est qu’une aire marine protégée ?
Les aires marines protégées (AMP) sont « des espaces délimités en mer qui répondent à des objectifs de protection de la biodiversité marine et qui favorisent la gestion durable des activités maritimes » (Ministère des Aménagements du territoire et de la Transition écologique).
En 2022, 33 % des eaux françaises sont couvertes par au moins une aire marine dites protégée. On pourrait penser, au vu de ce chiffre délivré par le communiqué de presse du ministère des Aménagements du territoire et de la Transition écologique, qu’une grande partie de la biodiversité marine est protégée dans les territoires français. Pourtant, ce n’est pas aussi facile que ça. En effet, le chalutage de fond est toujours autorisé dans ces aires marines françaises dites « protégées », une technique de pêche industrielle destructrice pour la faune et la flore des fonds marins. Les réserves marines ne sont donc pas forcément des réserves intégrales. Le gouvernement souhaiterait adopter une approche au cas par cas concernant le chalutage de fonds, qui est considéré comme une source d’apport considérable en poissons frais en France, et qui serait étudiée selon les zones concernées.
Les autres grands défis de 2026
La préparation et la réalisation de cette première COP des Océans font partie des défis majeurs de l’année 2026 pour les défenseur·euses de l’océan. Cependant, elles ne constituent pas les seuls enjeux de l’année. On note, par exemple, des discussions sur la création d’une première réserve marine internationale au large de l’Afrique de l’Ouest qui se positionnerait dans la zone de convergence des courants de Guinée et des Canaries. La rencontre de ces courants divers est un synonyme de vie et de biodiversité foisonnante. Cette région est essentielle au maintien des stocks de poissons dont dépendent des millions de personnes, mais elle est aujourd’hui gravement menacée par la pêche industrielle étrangère. Ainsi, une opération « Sentinelles de la mer » est lancée par l’ONG Greenpeace Afrique sur les côtes du Sénégal et de la Gambie afin de promouvoir la pêche durable et de demander la création d’une réserve marine dans cette zone.
Plusieurs autres luttes sont en cours, menées notamment par l’ONG Greenpeace France, telles que la fin des forages pétroliers exploratoires dans le Récif de l’Amazone, une meilleure défense des aires marines protégées françaises, l’obtention du moratoire contre l’exploitation minière des grands fonds évoqué précédemment, ou encore un traité contre la pollution plastique.
[1] Ensemble de règles, réglementations et procédures pour réglementer la prospection, l’exploration et l’exploitation des minéraux marins dans la zone internationale des fonds marins.
[2] Pour aller plus loin : Kristen F. Thompsonand al., 2023, “Urgent assessment needed to evaluate potential impacts on cetaceans from deep seabed mining”, Sec. Marine Megafaune, vol. 10.
[3] Notamment le phytoplancton, à la base de la chaîne alimentaire des océans.
Sources
https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/03/23/vers-une-premiere-cop-oceans-en-janvier-2027-a-new-york-pour-faire-face-aux-menaces-contre-les-ecosystemes-marins_6673975_3244.html
https://www.geo.fr/environnement/premiere-cop-oceans-en-2027-les-nations-unies-franchissent-un-nouveau-cap-pour-la-protection-des-oceans-231577
https://www.ouest-france.fr/mer/climat-la-premiere-cop-de-locean-sera-organisee-probablement-fin-2026-238af052-9799-11f0-87cf-e619b6e4aa34
https://www.greenpeace.fr/petition-exploitation-miniere-eaux-profondes/
https://www.greenpeace.fr/espace-presse/exploitation-miniere-en-eaux-profondes-danger-imminent-pour-les-baleines
https://www.greenpeace.fr/oceans-les-6-defis-a-relever-en-2026
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/22020_DP_AMP_VF_compressed.pdf
https://lemarin.ouest-france.fr/peche/le-president-americain-donald-trump-rouvre-la-peche-commerciale-dans-des-eaux-protegees-de-latlantique-c0dc8f7c-05b8-11f1-b297-4335c8ab3868
https://www.fondationdelamer.org/nos-actualites/exploitation-patrimoine-commun-humanite
https://www.frontiersin.org/journals/marine-science/articles/10.3389/fmars.2023.1095930/full
(Kristen F. Thompson and al., 2023, “Urgent assessment needed to evaluate potential impacts on cetaceans from deep seabed mining”, Sec. Marine Megafaune, Vol. 10)
Pétitions
Pétition | Poursuivons la mobilisation pour l’interdiction définitive de l’exploitation minière des fonds marins ! – Greenpeace Luxembourg
ALERTE ROUGE SUR LES FONDS MARINS !
https://www.greenpeace.fr/petition-aires-marines-protegees/
