David au Louvre : rétrospective réussie sur un incontournable de la peinture française
Par Léane GAILLARD-LIANDON
Photo DR ©Jacques-Louis David, La Mort de Socrate, 1787
Publié le 6 janvier 2025
Depuis le 15 octobre, le Louvre offre la possibilité à ses visiteurs de (re)découvrir l’œuvre riche et complexe de Jacques-Louis David, figure à l’influence incontestable sur la scène artistique française des XVIIIe et XIXe siècle. Une exposition brillamment organisée, captivante et dynamique, qui met en valeur cet artiste dont le talent phénoménal a été reconnu très tôt, à la fois par ses pair·es et par les historien·nes de l’art. Une exposition à voir jusqu’au 26 janvier 2026.
Le Louvre accueille, pour la première fois depuis 1989, une monographie dédiée au « Père de l’École Française ». Les œuvres de Jacques-Louis David hantent, depuis leur création, l’imaginaire collectif : qui ne connait pas le célèbre Napoléon traversant les Alpes ou le fameux Serment des Horaces ? Son œuvre, représentative de la société française et des événements politiques de son temps, est une source indispensable pour entrevoir la transition entre le XVIIIe siècle et le XIXe siècle en France.


Le Serment des Horaces, 1784
La dernière monographie dédiée à David, organisée en 2005 au musée Jacquemart-André, offrait déjà une narration intéressante sur le travail de l’artiste. Le Louvre est néanmoins l’endroit rêvé pour réaliser une rétrospective complète sur cet artiste : 30 % des œuvres présentées sont en effet issues des collections permanentes. De nombreux prêts ont également été obtenus, en provenance par exemple des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique. L’exposition présente un parcours chronologique, offrant ainsi une vue d’ensemble de cette carrière pleine de rebondissements, de ses débuts compliqués, aux voyages formateurs, en passant par les différents régimes politiques auxquels David a assisté, jusqu’aux relations personnelles de l’artiste et son héritage.
David, dans les grandes lignes
Jacques-Louis David est sans aucun doute un incontournable de l’histoire de l’art. Cet artiste, dont la force d’invention et puissance expressive ont aidé à construire la renommée, s’inscrit comme un exemple saisissant de l’évolution de la société française. David a en effet connu six régimes politiques différents au cours de sa vie. Comme écrit dans le dossier de presse, « regarder l’œuvre de David, c’est poser la question de l’engagement dans une société en pleine mutation ». Sa production artistique témoigne de la manière dont l’artiste a navigué l’une des époques les plus chaotiques de notre pays. Sous l’Ancien Régime, il apportait un soutien infaillible à la monarchie constitutionnelle. Il se rapproche par la suite de Robespierre et obtient plusieurs postes éminents au cours de la Terreur (1793-1795). Il échappe de justesse à la guillotine, est assigné à résidence en 1795, et finit par apporter son soutien à Napoléon dès 1799. Sa relation avec l’Empereur est tellement intense qu’il finit par s’exiler à la fin de l’Empire. Ses œuvres reflètent cet engagement politique continu : pour David, peindre, c’est agir dans ce monde nouveau.
Sa production artistique montre un projet à la fois artistique, politique, moral et social. Grand défenseur de la liberté, à la fois politique et artistique, il ne s’astreint pas à un unique style. Il fait, très tôt, le choix classique, incorporant des références à l’Antiquité, mais son travail de la lumière et de l’ombre témoigne d’une inspiration évidente par l’œuvre du Caravage. David souhaitait ainsi mettre en avant une continuité entre l’Antiquité héroïque et son présent historique. Il pousse par ailleurs à une réforme des arts, encourageant l’expérimentation chez les artistes qu’il forme. Le fonctionnement particulier de son atelier (et notamment son inclusion des femmes, bien que celle-ci ait été de courte durée) s’inscrit dans une réelle volonté d’aller à l’encontre du système académique, jugé par beaucoup comme excessivement strict.
Son œuvre offre donc une variété d’images, à la fois politiques et sociales.
Un large panorama d’œuvres présentées
Un des points forts de l’exposition est la variété des œuvres présentées : cet éclectisme, caractéristique de l’œuvre de David, inclue ainsi des tableaux mythologiques et historiques, de nombreux portraits, des grands et petits formats, des dessins et même quelques œuvres non finies, comme le Serment du Jeu de Paume. Les œuvres de David sont également complétées par des œuvres de ses contemporains ou de ses élèves, comme le Jupiter et Thétis d’Ingres présenté dans la dernière salle de l’exposition. Certaines œuvres de l’artiste sont également mises en relation avec d’autres versions ou copies contemporaines : par exemple, pour Les Amours de Pâris et d’Hélène, la version de 1788 et celle de 1789 sont côte à côte, permettant ainsi de visualiser les évolutions esthétiques entre les deux. Nous trouvons, par ailleurs, le même processus avec les portraits, présentés les uns à la suite des autres : nous voyons ainsi une réelle progression dans la technique du peintre, qui s’attache à représenter la société dans sa variété.

Jupiter et Thétis, 1810

La Douleur et les Regrets d’Andromaque sur le corps d’Hector son mari, 1783
J’ai eu personnellement deux coups de cœur au cours de cette exposition. La Douleur et les regrets d’Andromaque sur le corps d’Hector, peinte en 1783, est une œuvre fascinante : elle incarne le prix à payer pour les femmes de l’héroïsme masculin, en mettant en valeur le personnage d’Andromaque au centre de la composition. Le regard se porte automatiquement sur sa beauté fascinante au dépit de sa douleur évidente. Andromaque tend en vain son bras droit vers son mari et son bras gauche vers son enfant. Le réalisme saisissant du corps d’Hector et de la souffrance d’Andromaque sont mis en avant par un travail poussé de l’ombre et de la lumière, théâtralisant de manière saisissante la construction du tableau.

Au contraire, Les Sabines, réalisé en 1799, met en avant la force des personnages féminins, protagonistes de cette scène tragique et chaotique. Une multitude de personnages se presse dans cette composition très riche et dynamique. Néanmoins, le regard se porte sur le groupe de femmes au centre : certaines ont un visage désespéré, d’autres déterminé, certaines tentent d’arrêter le combat, d’autres de sauver leurs enfants. L’intensité dramatique de cette œuvre est appuyée par le mouvement de chaque personnage.
Une scénographie travaillée et convaincante
La mise en scène de cette exposition est également un des gros points forts. Les grands formats, marque de fabrique de David, sont particulièrement bien mis en valeur. Le Serments des Horaces, Les Sabines ou Le Serment du Jeu de Paume captivent l’œil en premier quand on pénètre dans la salle où ils se trouvent : exposés au centre du mur, ils sont également accompagnés d’autres formats plus petits. L’exposition offre un jeu de lumière très travaillé : les œuvres sont présentées sur des murs gris, créant un contraste et théâtralisant la présentation de celles-ci.

La star de l’exposition est, selon moi, La Mort de Marat : nous rentrons dans une salle entièrement plongée dans la pénombre (les murs et la moquette étant noires) symbolisant ainsi l’horreur de la Terreur. L’impact de cette période sur David est, par ailleurs, symbolisé par la présence de deux autoportraits, au début et à la fin de la salle, montrant un avant et un après dans l’autoreprésentation de l’artiste. La Mort de Marat est présentée dans un fond en demi-cercle, le tableau n’étant pas accroché au mur mais plutôt posé sur un support. La lumière met en valeur cette œuvre tragique et son intensité dramatique. Elle est par ailleurs accompagnée d’autres versions contemporaines.
La première partie de l’exposition m’a ainsi entièrement conquise. Je dois néanmoins avouer que les dernières salles correspondaient moins à mes attentes, étant particulièrement intéressée par les grands formats historiques et mythologiques et moins par les portraits sous l’Empire… à chacun·e ses préférences. Cette rétrospective sur David reste très réussie et présente un panorama large d’œuvres, témoignant de la variété et de la complexité du travail d’un artiste aujourd’hui considéré comme incontournable.
Source
Dossier de presse du musée du Louvre sur l’exposition « Jacques-Louis David » : https://presse.louvre.fr/jacques-louis-david
